Le photographe fatigué

Californie. Les photographies de voyage sont souvent ennuyeuses. Elles participent à cette frénésie documentaliste et, pire, à l’inscription inconsciente du déclencheur dans le temps et l’espace, celle qui frôle la peur du néant, de la mort pour être plus clair.
J’y étais, lit-on dans ces images. Et j’ai pris une belle photo, n’est-ce pas ?
Pour se démarquer de cette foule porteuse de smartphones qui déclenchent en rafale, en imprimant par la lumière une petite quotidienneté magnifiée par l’image numérique souvent manipulée, pour hurler qu’il n’a pas de perche à selfie, le photographe amateur, souvent sincère, cherche son existence.
Il arbore ainsi un appareil photo gigantesque, téléobjectif dont l’énormité est amplifiée par un pare-soleil, ne jure que par le format 2/3. Il peut, cependant opter pour un appareil hybride, moins voyant mais dont la marque et le design permet l’installation de soi, marquée sociologiquement par la distance.
Puis, il est féru de post-traitement, au fait de la technique de retouche, de recadrage. Et, enfin, il s’éloigne des réseaux sociaux ou des plateformes de stockage populaires pour choisir un cloud plus chic, par exemple celui d’Adobe.
Il est d’autant plus ulcéré par la profusion qui lui gâche son espace que cette documentation brute, produite à outrance, subjugue les théoriciens de la « nouvelle photographie » qui la constituent en objet d’analyse.
Il hait, évidemment, les photos de famille, ou celles où l’on pose devant un monument ou un paysage, clamant, du haut de son apprentissage qu’il faut « choisir ».
Il est donc à plaindre.
Ci-dessus, une photographie de voyage, aux USA, évidemment, prise avec un appareil lourd, de marque.
Où se trouve la différence avec celle prise par un voisin possesseur d’un Iphone ? On peut ne pas la trouver…

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