En germe

Tokyo. On a substitué du noir et blanc à la couleur, ce qui, évidemment, n’était pas fortuit. Pour charger du temps, une période, presque une photo passée dans les deux sens du terme : du passé dans l’histoire, une photographie à la teinte «passée », dégradée, pour signifier du vieux. Pas du vintage chic mais une époque.

Le changement était donc volontaire.

Je me promenais dans Tokyo, dans le vieux Tokyo, un peu délabré, près du grand Temple.
Arrive devant moi un groupe de collégiens, dans leur uniforme noir. Et devant ce jeune qui marche droit, les bras collés au corps, menton impérieux, port de tête altier. Une exactitude de la représentation.

Dois-je l’avouer, au risque de la critique de la production, sous prétexte de commentaire photographique prétendument subjectif, sans enjeu, d’un poncif sur le Japon?
Oui, lorsque je regarde la photo, le fascisme s’y colle, la violence y est en germe.
Ce jeune japonais semble sorti d’une école des jeunesses nazies. A l’avant d’un régiment en suspens d’une férocité.

Et les poncifs précités jaillissent, idiots, prévisibles, grossiers. Et l’on imagine les kamikazes de la guerre et nous reviennent les images hollywoodiennes, ou encore la brutalité de ce film dans lequel David Bowie, l’anti-violent blond excellait.dans sa lutte fière et farouche contre ses géoliers nippons.

Le cuir du cartable en bandoulière n’est pas pour rien à cette giclée de violence pure ou brute qui jaillit dans l’image. Le cuir, dans le veston, dans les bottes. Sous la botte.
Alors, on s’en veut, on se flagelle. Trop idiote cette réaction.

Et on s’approche un peu plus de l’image. On va dans l’arrière-plan et on voit des sourires, des jeunes filles radieuses, un garçon heureux d’être là. Bref un groupe en marche.
Mais lorsqu’on revient sur le jeune en tête, le malaise nous rattrape.

C’est surement l’uniforme et le cuir. Et la posture.

Il va falloir que je lui donne sa chance à ce jeune tokyoïte et revenir à la couleur, lui faire des joues presque roses, embellir ses yeux, gommer le cuir. Et ce, même si jamais, jamais, je ne truque une image…

Il doit le mériter, mon malaise est inacceptable tant il est primaire et attendu.

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