La jeune fille et la mer

Mahabalipuram (Inde). Un ami à qui j’ai offert cette photo a exigé une légende. J’ai proposé, en schubertien patenté, « La jeune fille et la témérité ». Ce n’est pourtant pas mon titre. Lequel est encore plus de Schubert.

Tôt le matin, la plage était déserte. Je me promenais, sans autre souci que la promenade.
Et j’aperçois cette jeune fille, plantée dans cette pose bravache, comme si elle réglait ses comptes avec ses peurs, d’abord celles, communes dans le pays, de l’Océan.
J’étais loin, téléobjectif dans l’appareil. Je crois avoir déclenché à l’instant juste (je déteste le terme « d’instant décisif » lancé à toutes les sauces par l’orgueilleux et infatué Cartier-Bresson).
Je reviens souvent à cette photo. Cette pose, nécessairement non théatrale, le public étant absent, nous y amène pourtant. Là encore, le personnage joue à être au-delà de lui-même, dans une posture dont rêve un réalisateur. La pose, celle de la témérité solitaire contre la vague, est, intégrée depuis longtemps par des images venues d’ailleurs, sous la peau de la jeune fille. Pieds dans le sable, genoux pliés, buste de profil. Une vraie pose, guerrière du petit matin.
Mais on peut se tromper et, optimiste, affirmer que le théâtre imite assez bien la vraie vie, et qu’il n’existe que des poses « naturelles ».

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