Scène

Madrid. Les amateurs d’art contemporain et de photographie dite « plasticienne » s’arrêtent sur cette photographie.
Evidemment. La « mise en scène » est un invariant de la contemporanéité. L’instantané, à la volée, est laissé aux photographes sans adjectif, sans qualificatifs, non qualifiés à vrai dire. Au sens du marché contemporain, bien sûr.

Ici, la petite fille regarde l’objectif. C’est un trait commun de la photographie plasticienne, curieusement celui des débuts de la reproduction.. Et son père regarde ailleurs, mais l’on peut imaginer une pose.

Les autres personnages sont bien placés, parallèles, dans un ordonnancement exact du « tableau ». Et le décor, faïence colorée, en panneaux, comme un tryptique, est également au diapason, dans la composition et la couleur idéales.

Sauf qu’il s’agit bien d’un « instantané ». Et qu’il n’est pas « scénarisé » comme l’est celui inscrit dans la photographie plasticienne.

La petite fille m’a regardé. Ce qui a, peut-être, changé la photo.

Un regard change donc le regard de celui qui regarde la photographie. Les théoriciens de la photographie contemporaine ont donc raison. Il faut « mettre en scène ». Mais à force de construire, on peut « oublier le réel ». C’est peut-être la définition de ladite photographie se dénommant plasticienne. Une mise entre parenthèse du réel, par sa transfiguration, son exacerbation, paradoxalement destructrice de l’esthétique.

C’est, à dire vrai,, la seule définition acceptable de la photographie.

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